lundi 29 décembre 2014

La méprise de Florence AUbenas

Donc voici un livre qui m'a posé un cas de conscience: je ne lis jamais de livre sur des "affaires". D'abord parce qu'en tant qu'ancienne éduc, je sais combien la critique peut être facile, le jugement hâtif, et je peux trouver les choses présentées sous différentes formes faciles et voyeuristes. Mais lorsque c'est Florence Aubenas qui écrit, peut-on avoir la même conclusion?? J'ai décidé de le lire finalement pour me faire mon propre jugement...
 
De mai à juillet 2004, dix-sept pédophiles présumés comparaissent aux assises de Saint-Omer. C’est le début de « l’affaire d’Outreau ». Ce sont des monstres violeurs d’enfants, pense-t-on. Florence Aubenas brosse les portraits des individus mêlés au procès. Mensonges ou vérités, coupables ou innocents ? La journaliste nous emmène au plus près de l’enquête pour mieux comprendre comment le procès Outreau a pu dégénérer en une erreur judiciaire majeure, et prend du recul dans une postface inédite.

Ce que j'ai aimé?
 
J'ai aimé la démarche de l'auteur: au travers ces "personnages", ces descriptions, on découvre des personnes humaines, avec ce qu'il y a de pire, de plus surprenant dans l'humain. Loin des monstres qu'on aimerait y trouver, on découvre l'horreur faite par des humains, seuls, que personnes n'écoutent, que personne ne veut plus voir, et qui pour exister passe du coté de l'horreur.  Puis pour exister à nouveau, ils inventent, brodent, accusent.
 J'ai souvent entendu dire que l'erreur du juge Burgaud avait été de "croire les enfants".  Dans ce livre, il est surtout démontré que c'est surtout le développement de bons sentiments et le désir de reconnaissance de chacun qui a fait plonger ce procès dans l'horreur. Les enfants que personne n'a jamais vraiment entendus, étaient soudainement écoutés. Ils ont donc parlé, parlé tant qu'une oreille était tendue, prête à les croire. Myriam Badaoui qui cherchait le regard bienveillant et la reconnaissance d'un homme, avait la reconnaissance d'un juge, Les habitants de la tour du Renard avaient enfin la lumière, on parlait d'eux, et un jeune juge, dans le simple désir de faire ses preuves, qui cherche la reconnaissances des ses paires (de ses pères??? Oué... psychologie à deux balles mais quand même)... Au prix de l'accusation de 13 innocents...

Ce que je n'ai pas aimé...
Même si l'auteure prend beaucoup de recul, même si elle souligne à la fin du livre qu'on oublie les vraies victimes, ce livre parle encore une fois des innocents comme les victimes de ce procès. On oublie encore une fois ces quatre petits garçons, violés hebdomadairement, qui perdus, malheureux et soudainement crédibles, ont accusés "les autres" pour qu'enfin, la justice, la société, le monde reconnaisses leurs souffrances. En vain...

J'ai beaucoup aimé la dernière phrase du livre qui parle si bien de cette histoire mais qui finalement souligne le défaut de ce livre: "De toute façon dans cette histoire, tout le monde y est. Cette histoire, tout le monde l'a faite". Y compris nous... 
 
 
Un extrait? 

  Pour les enquêteurs, les magistrats ou les services sociaux, ces gens de la Tour du Renard se fondent de plus en plus en une masse indistincte, des familles toutes les mêmes dans des immeubles tous les mêmes, d’interminables fratries pleines d’enfants nés chacun d’un père différent, vivants de salaires qui n’en sont pas, nourris d’alcool et de télé sur un fond de sexualité criarde.
Une note?
  16/20
 
Appréciation générale?
Un livre dur, difficile à lire, et assez révélateur de notre société: chacun croit savoir, connait la vérité, juge et condamne. Mais finalement ne sommes nous pas tous coupables? Un livre de remise en question sur notre façon de lire l'actualité, de vouloir donner un avis sur tout... Et sur notre capacité à nous laisser manipuler...

Je bois quoi? J'écoute quoi?

Ce livre est un livre difficile à lire... J'ai choisi de boire un thé de noël pour me rassurer, me réchauffer. J'avoue n'avoir rien trouvé à écouter... Si ce n'est parfois les grosses têtes pour décrocher de cet univers à la fois glauque, étranger et réel....

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